Malgré les attaques médiatiques et judiciaires, le "Cavaliere" est plus populaire que jamais en Italie. Moins d’un mois après l’agression de Silvio Berlusconi (13 décembre dernier) qui lui a coûté deux dents, une fracture du nez et une blessure à la lèvre supérieure, le président du Conseil italien a gagné trois points dans les sondages, frôlant la barre des 50 %, contre à peine 41 % pour la gauche, selon des sondages récents.
Ainsi, le Peuple des libertés ou PDL, son parti, sortirait vainqueur de n’importe quelle élection aux côtés de ses alliés, même face à une super-coalition incluant la gauche et des partis de centre droit (1). La remontée de Berlusconi arrive à point nommé, après des mois de polémiques graves autour de scandales sexuels et d’accusations médiatico-judiciaires parfois grotesques de corruption et « complicité avec la mafia »…
Vice-président du Centro nazionale della ricerca (le CNRS italien), le professeur Roberto De Mattei, ancien conseiller du ministre des Affaires étrangères et politologue italien de renom, explique que « la popularité de Berlusconi a augmenté après l’agression en raison d’une sympathie instinctive et de sa réaction sage de refus de l’escalade puis de dialogue avec l’opposition, alors même que l’agression est la concrétisation d’une longue campagne de haine contre lui.
Silvio Berlusconi est également apprécié pour ses réalisations concrètes : « La crise économique est moins grave et a été mieux gérée en Italie que dans d’autres pays, notamment grâce au ministre Giuglio Tremonti, qui l’avait prévue et qui avait pris des mesures anticipées. Concernant le tremblement de terre de L’Aquila en 2009 (2), Berlusconi s’est personnellement impliqué dans la reconstruction qui fut rapide et bien plus efficace que ce que l’on aurait attendu de la classe politique italienne. »
Constatant l’affaiblissement de la gauche, autre facteur de succès de Berlusconi, Roberto De Mattei rappelle que « le leader officiel de la gauche, Bersani (3), certes raisonnable, est dépourvu de charisme et ne parvient pas à conquérir la base ».
Ainsi, le vrai adversaire de l’opposition anti-Berlusconi est aujourd’hui le juge Di Pietro (4), qui adopte au contraire une position antagoniste très virulente ». En cherchant à « couper le pays en deux, Di Pietro s’est attiré les sympathies des groupes de gauche anti-Berlusconi les plus radicaux, mais ses effets de tribune et ses propos incendiaires font peur ».
Concernant l’après-Berlusconi (qui a déjà 72 ans), deux candidats se sont déjà déclarés : Pier Ferdinando Casini, président de l’Union du centre (UDC), extérieur à la majorité gouvernementale, et Gian Franco Fini, président du Parlement, membre du PDL, ex-leader d’Alleanza nazionale, mais rival interne de Berlusconi.
« Pour le moment, le PDL n’a pas désigné de successeur, car Berlusconi est encore fort et présent, explique De Mattei. La faiblesse de Fini et de Casini réside dans leur choix de gouverner au centre et de s’allier à la gauche, car le système politique italien est désormais bipolaire et cette option n’enthousiasme pas. »
Pour De Mattei, le successeur de Berlusconi ne sera « ni l’un ni l’autre, mais plutôt quelqu’un comme Giuglio Tremonti. Certes, ce dernier a des ennemis, il n’est pas un homme de parti et n’a pas encore le charisme d’un leader du centre droit. Mais il est à la fois compétent, situé clairement dans un camp, et surtout proche de la Ligue Nord, sans laquelle la droite ne peut gagner ».
N’oublions pas que si la Ligue du Nord est mal vue en France et à l’étranger, considérée comme un parti populiste anti-immigré, assimilé à l’extrême droite, elle est le pivot électoral de toute majorité de centre droit en Italie, détient des portefeuilles gouvernementaux importants comme celui du ministère de l’Intérieur (Roberto Maroni) et demeure incontournable. Berlusconi l’apprit à ses dépens en décembre 1994 lorsqu’un désaccord avec la Ligue du Nord fit tomber son premier gouvernement de coalition…
(1) Le centre droit, constitué notamment du Peuple des libertés et de la Ligue du Nord, friserait les 50 % en cas d’élection, tandis que le Parti démocrate (gauche), même allié à l’Union du centre ou à Gianfranco Fini, n’atteindrait pas plus de 41.9 %.
(2) Silvio Berlusconi s’impliqua personnellement en faveur du relogement des victimes du tremblement de terre de L’Aquila en 2009. On dit qu’il resta éveillé pendant 44 heures.
(3) Pier Luigi Bersani est secrétaire général du Parti démocrate, créé en octobre 2007 pour fusionner différents partis de gauche et du centre.
(4) Antonio Di Pietro fut à l’origine de l’opération anticorruption « Mani pulite » (« mains propres ») qui bouleversa la classe politique italienne dans les années 1990. Il est aujourd’hui président du mouvement anticlérical et anticorruption Italie des valeurs.
Edition France Soir du lundi 11 janvier 2010 page 14
http://www.francesoir.fr/europe/2010/01/11/berlusconi-l-insubmersible.html
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