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Dimanche, 20 avril 2008

OGM, culture écologique et majorité présidentielle

Par Pierre-Gilles Tronconi dans Ecologie à 12:04
Par Patrice Hernu
Président de France-Europe-Planète bleue


La crise provoquée au sein de la majorité par le projet de loi sur les OGM fait planer le doute sur l'avenir du Grenelle de l'environnement. Selon « Les Echos » qui se seraient procurés le texte (Référence), le projet de loi serait dans une version quasi définitive sur le bureau de Nicolas Sarkozy et soumis aux derniers arbitrages.

Une fois passé l'épisode le plus aigu de la crise révélée par la discussion du projet de loi sur les OGM, crise que nous annoncions lors de notre précédente lettre, crise encore qui a divisé la majorité et affaibli ou conforté Nathalie Kosciusko-Morizet selon le point de vue, plusieurs questions se posent :
quelle est la nature réelle de l'engagement du gouvernement en faveur de l'écologie ;
quelle politique de développement durable mène en fait la France (et l'Europe) face à la crise internationale ;
enfin quel sera l'avenir du projet de loi Grenelle de l'environnement ?


Sur le premier point*, cette crise est symptomatique des choix qui ont été faits lors de la création de l'UMP. Rappelons les faits. Un courant écologique, Ecologie Bleue, issu de l'écologie réaliste (la real ecology), a choisi en 2002 d'être cofondateur du nouveau parti. Je le présidais avec tous ceux qui venus de la Génération Ecologie de la belle époque, de l'UDF ou d'autres mouvements, militaient depuis plusieurs années en considérant que le temps des partis écologistes autonomes était fini et qu'il fallait partager la culture du réalisme environnemental et de l'écologie humaniste dans les grands partis. Serge Lepeltier, Jean-Louis Borloo (un des présidents fondateurs de Génération Ecologie) et bien d'autres étaient de cette sensibilité.

Nathalie Kosciusko-Morizet avait rejoint Ecologie Bleue en vue de la fondation de la future UMP. Il apparut assez vite qu'elle faisait le chemin inverse des écologistes qui rejoignaient les grands partis. Porte-parole d'Ecologie Bleue, elle voulait apparaître comme le porte-étendard d'une écologie qui, à droite, s'alignait d'emblée plus sur les positions des Verts et surtout des grandes ONG, y compris au départ sur la question du nucléaire, que sur la doctrine d'un développement écologique durablement compatible avec le centre et la droite.

Ce fut un malentendu explosif ! Et, malgré tout le respect que nous avions pour cette position qui avait l'avantage, certes, d'être médiatiquement plus efficace, ce fut le clash. Michel Barnier, revenu de Bruxelles pour prendre la présidence du conseil du développement durable (de l'UMP), prit le parti de soutenir NKM dans cette tactique politique et de convaincre Alain Juppé de lui donner raison au sein de l'UMP. 

Bref, l'écologie canal historique aurait préféré aider l'ensemble des parlementaires à développer une culture écologique adaptée à leur doctrine économique, politique et sociale. Parce que nous pensions que l'écologie était d'une telle urgence que le réalisme devait être sa loi et qu'il fallait en finir avec les catéchismes qu'ils soient de vertitude ou de bien pensance apparente. NKM voulait au contraire construire une image et gagner la bataille des médias.

Construire une culture partagée et une politique écologique différente de celle de la vulgate verte et la promouvoir dans l'opinion, était-ce possible ? Je le jugeais souhaitable. Nous avons été assez stupides pour ne pas nous entendre et NKM a gagné cette bataille sur toute la ligne. C'est elle qui façonné le visage actuel de la majorité parlementaire qui, aujourd'hui, lui revient comme un boomerang.

Il demeure que la question de la place de l'écologie dans la majorité présidentielle reste posée et que la secrétaire d'Etat, tout comme le Ministre d'Etat Jean-Louis Borloo, se retrouve devant un groupe parlementaire - et peut-être un gouvernement - sans vraie culture ni opinion environnementale autre que celle, confuse, acceptée à reculons et non compris du trop fameux Grenelle de l'Environnement. Le Ministre d'Etat manoeuvre à la godille entre ses convictions, les engagements du Grenelle et l'absence de vraies appropriations du débat au sein de sa majorité. Comment le lui reprocher ? Il fait sans doute au mieux possible dans une posture dont il n'a pas écrit le scénario initial !

Où est la lâcheté dans cette situation qui a été encouragée sinon formattée par le parti-pris de Jacques Chirac et d'Alain Juppé puis de Nicolas Sarkozy et de François Fillon de distiller de l'écologie sans vraiment se l'approprier autrement que par un affichage certes parfois très volontariste mais souvent aux fondations incertaines ? Et ceci, sur le fondement des orientations dont Nathalie Kosciusko-Morizet a été le maître d'oeuvre, à défaut d'en être le maître d'ouvrage, ce dont je suis persuadé qu'elle le sera demain ou après-demain. Mais, c'est que ces questions ne se poseront plus.

Pourtant, pour l'heure, le discours de Nicolas Sarkozy devant la Convention sur l'Environnement de l'UMP de 2006 semblait augurer d'une autre voie, celle que j'avais conseillée alors à Chantal Jouanno, conseillère du futur président sur ces questions et qui, sans doute, avait projeté l'essentiel du discours du président de l'UMP. Ses récentes prises de parole, alors qu'elle est désormais la présidente de l'ADEME, semble montrer qu'elle est toujours sur cette longueur d'onde : l'écologie n'est pas faite pour s'opposer dans des crises tribuniciennes ; elle est à construire dans une culture partagée.

Corinne Lepage avait estimé en 2002 qu'il fallait encore dix ans pour que l'écologie puisse prospérer dans les grands partis et s'affranchir efficacement de ce que nous appelions alors "l'illusion du pôle autonome". Nous avions tous raison à notre manière. Ensemble, nous aurions été certes plus forts. Il est peut-être encore temps alors que l'urgence est aussi acceptée par le plus grand nombre mais que les fondations manquent toujours contrairement à une idée reçue. Corinne Lepage a raison de dire que l'écologie est à dépolluer !

Sur la question des OGM, les dégâts sont clairs.

La France doit à la fois protéger la qualité de son agriculture et développer son ingénierie génétique.

Les français ne veulent pas d'OGM malfaisants et nous voulons tous protéger notre agriculture. Mais comment ? Le sénateur Jean-François Legrand paraissait avoir indiquer un chemin possible, contesté mais rendant possible la formation d'un consensus. Depuis des millénaires, agriculture et culture riment pour avoir façonné nos paysages et notre alimentation au point qu'il n'est presque aucun aliment qui ne soit issu d'une hybridation, c'est-à-dire d'une modification génétique "sauvage", réalisée au prix de paquets entiers et hasardeux de déports de gènes (mais était-ce vraiment le fruit du hasard ?)

Le problème n'est donc pas dans la modification du patrimoine génétique mais dans l'industrialisation du processus, la disparition des souches dites naturelles, l'instabilité des biotopes nouveaux, l'utilisation de gènes transgressant la barrière des espèces sans mesure de l'ensemble des impacts durables, l'accès des populations aux ressources génétiques anciennes et nouvelles avec notamment la question des droits de propriétés, etc.

Une loi aurait dû permettre de fixer des principes et de créer le cadre nécessaire pour progresser sur tous ces points sans que chacun, quand il est posé, ne débouche nécessairement sur l'affrontement d'obscurantismes contraires. Bref, la loi doit organiser l'apaisement et le progrès et non susciter les affrontements. Certes, sur cette question, le pari était difficile compte tenu de la sensibilité sur ces questions, du cadre européen qui laisse finalement peu de liberté pour une approche raisonnée de ces questions et du quasi monopole de certains semanciers, lequel plaque sur les débats d'autres considérations, également légitimes mais étrangères à la réalité éthique et scientifique du problème.

Au final, le chemin de Jean-Louis Borloo n'avait rien d'une lâcheté. Il n'empêche que la violence de la réaction aux propos de NKM - dont nous soutenons l'engagement par ailleurs - illustre le malaise d'une majorité qui, en fait, n'a pas fait siennes les préoccupations environnementales légitimes des français. Elle se contente d'en tenir compte ou, au mieux, d'en prendre acte. Pour les écologistes réalistes qui veulent que l'écologie ne soit pas la messe d'un Grenelle, encore moins la liturgie d'une religion qui cacherait son nom, mais le moteur d'une nouvelle croissance réellement respectueuse des environnements utiles aux femmes et aux hommes, on est loin du compte évidemment. Et, le fait de jouer "camp contre camp", "plus écolo que moi tu meures" contre "moins écolo que moi, tu gagnes" est à l'origine très politicienne de cette situation que le Grenelle de l'Environnement n'a fait que dissiper en apparence car, ni les ONG, ni les syndicats, ne font encore la loi...

Qui dit OGM, dit biodiversité et qui dit biodiversité, dit cycle du carbone. Enfin, qui dit carbone, dit crise de la valeur carbone, crise des conflits d'usage des terres et de l'eau, crise de l'alimentation, crise du système monétaire international et crise généralisée du conflit d'usage des ressources carbone vivantes (biomasse et cultures) et mortes (énergies fossiles). Cette crise de la valeur dans un système de "carbon exchange standard" sans les outils de régulation -et ce ne sont pas les discussions un peu dérisoires du post-kyoto dans leur format actuel qui vont nous en doter- est au centre de la problématique politique.

Est-il également possible d'ajouter que la discussion sur les OGM, cette biodiversité artificielle, en est également un élément sans passer pour un fou aux yeux tant des écologistes "purs et durs" que des politiques orthodoxes de tout bord ?
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