L’eurodéputé Dominique Baudis, ancien maire de Toulouse et président de l’Institut du monde arabe, explique sa vision du conflit israélo-palestinien et ses impressions sur le débat relatif à l'identité nationale, propos recueillis par Alexandre del Valle
FRANCE-SOIR. En quoi consiste votre mission à la tête de l’Institut du monde arabe ?
DOMINIQUE BAUDIS. Ma mission est passionnante ! L’un des buts de l’Institut est de mieux faire connaître la culture et le monde arabes. Il a un grand succès auprès du public : un million de visiteurs par an. Il est par ailleurs un instrument de « diplomatie culturelle ». Car aujourd’hui les questions de culture et de civilisation sont au centre des préoccupations politiques. La France a une histoire particulière avec le monde arabe, une relation de grande amitié et de vieille coopération.
L’amitié du président Sarkozy pour Israël est-elle compatible avec des bonnes relations dans le monde arabe ?
Je pense qu’elles ne sont pas un handicap, bien au contraire. La position du Président sur le Proche-Orient est une position d’équilibre : droit à la sécurité pour Israël, pays ami, mais aussi droit à un Etat pour les Palestiniens, puis restitution de territoires et arrêt de la colonisation. Nous avons une position d’équilibre et de raison.
Que répondre aux Israéliens considérant que la restitution des territoires d’avant 1967 revient à détruire Israël, comme l’ont enseigné les retraits d’Israël du Liban-Sud en 2000 et de Gaza en 2005, suivis d’actes terroristes du Hezbollah et du Hamas ?
L’erreur des Israéliens n’est pas d’avoir rendu Gaza ou le Liban-Sud, mais de l’avoir fait sans plan global de paix, ce qui fut considéré comme une marque de faiblesse. La création d’un Etat palestinien est inéluctable. Ce n’est pas en enfermant des milliers de Palestiniens à Gaza et en poursuivant la colonisation qu’Israël aura la paix. Et le retour aux frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale du futur Etat palestinien et Jérusalem-Ouest comme celle de l’Etat hébreu, sont les positions officielles de la communauté internationale et de l’Union européenne (dont la commission des affaires étrangères du Parlement européen que je copréside).
La position officielle de la France n’est-elle pas contradictoire ?
Le président Nicolas Sarkozy a tracé une ligne de partage et a donné aux Israéliens un conseil d’ami, ce qui donne le droit de dire la vérité. Il faut avoir le courage de parler franchement à nos amis israéliens. On doit tenir le même langage aux deux camps, sans chercher à faire plaisir aux extrémistes. Nos amis doivent comprendre notre position d’équilibre, qui n’est pas contradictoire ; car Israël n’aura ni la paix ni la sécurité s’il ne rend des territoires et ne cesse la colonisation.
C’est la solution actuelle qui menace Israël, en maintenant le statut quo actuel pour des populations radicalisées dépourvues d’Etat. Le désespoir est une bombe à retardement. Le terrorisme durera tant que les Palestiniens n’auront pas d’autres perspectives. Si l’on continue à empêcher la création d’un Etat palestinien, Israël deviendra de facto un Etat binational, englobant les territoires arabes pris en 1967 et devenus ingérables.
Quel est votre avis sur le débat relatif à l’identité nationale, dénoncé par certains comme trop centré sur les musulmans ?
Ce débat est évident et universel. La question fondamentale est celle de l’identité nationale au XXIe siècle, qui n’est pas la même qu’aux XIXe et XXe siècles. On l’a caricaturé, mais Sarkozy a eu raison de le lancer, car il permet de poser des questions centrales : qu’est-ce que la France et qu’est-ce qu’être français, européen aujourd’hui ? Quel est le lien social aujourd’hui ? Quel contrat social ? Lorsque je suis né, en 1947, la France était différente ; nous avions un empire colonial, qui a disparu, l’Europe n’existait pas, elle est maintenant en effervescence. Tout a changé, la citoyenneté aussi : les gens se sentent aujourd’hui à la fois plus citoyens du « local » (région, province, etc.) et plus européens.
Certains veulent ramener ce débat à l’islam, mais cela n’est qu’une partie du débat, bien pus large. Pour moi, l’islam est soluble dans la République et dans l’identité nationale, car l’identité est faite de diversité. L’islam et l’arabité ne sont pas des dangers. Je ne crains pas la diversité. J’ai confiance en la capacité d’intégration, et l’intelligence de la France et des Français. Il est parfaitement possible de respecter l’identité chrétienne, européenne, nationale ou locale tout en étant d’origine arabo-musulmane, et je témoigne ici, à l’Institut du monde arabe, que c’est le cas de la grande majorité des Français d’origine étrangère et musulmane.
BIO EXPRESS
14 avril 1947. Naissance à Paris de Dominique Baudis, fils de l’homme politique Pierre Baudis.
1971. Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris. Il est journaliste de radio et de télévision à Beyrouth (Liban) jusqu’au début de la guerre civile libanaise (1973).
1973. Correspondant de TF1 pour le Proche-Orient.
1976-1977. Grand reporter pour TF1.
1978-1980. Animateur du journal télévisé de 20 heures sur TF1.
1980-1982. Anime le JT de 20 heures sur FR3.
1983. Est élu maire de Toulouse (succédant à son père) sous les couleurs du Centre des démocrates sociaux (UDF).
1984. Elu au Parlement européen à la tête d’une liste UDF-RPR.
1986. Elu président du conseil régional de Midi-Pyrénées et à l’Assemblée nationale. Réélu en 1988, 1993 et 1997.
1988. Devient membre du bureau politique et du conseil de présidence de l’UDF.
Mai 2000. Succédant à Alain Peyrefitte, préside le comité éditorial du Figaro. Il démissionne de ses mandats électifs lorsque Jacques Chirac le nomme président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Sa présidence est marquée par le lancement de la télévision numérique terrestre (TNT) en 2005.
Février 2007. Quittant ses fonctions au CSA, il est élu président de l’Institut du monde arabe (Paris).
Juin 2009. Tête de liste UMP (Sud-Ouest) pour les européennes, il est élu eurodéputé et vice-président de la commission des affaires étrangères du Parlement européen. Il est aussi membre de la délégation pour les relations avec les pays du Machrek (Egypte, Jordanie, Liban, Syrie) et de la délégation à l’Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne. Il est rapporteur sur l’accord d’association avec la Syrie, en négociation depuis 2004.
Dernier ouvrage paru : Il faut tuer Chateaubriand ! éd. Grasset, 2003.
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